Journal de bord : Bilan de notre périple à mi-parcours

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Journal de Bord de Jacques Lacronique 🙂 alias le Toubib

Jacques LacroniqueNous sommes à Ténérife, au centre des Iles Canaries où nous nous sommes réfugiés le 25 octobre  pour se mettre à l’abri d’un gros temps. Ayant déjà essuyé un gros temps la veille avec « la nuit démoniaque » dont on a à tirer certains enseignements, nous avons mis le cap sur Ténérife où nous sommes arrivés dans l’après-midi, à mi chemin de La Palma, notre but initial. Mais au matin, Captain Philou inspiré par nos tronches un peu défaites a pris la sage décision : repos de l’équipage, soins divers pour les corps et le bateau nous feront du bien. A quelques heures près, on peut considérer que nous sommes à mi-chemin et qu’il est temps de faire un premier bilan.

A l’heure de l’apéro je me décide

Jacques – Bon les gars, on a dit que c’était le moment de faire le bilan à mi-parcours de notre aventure.  On va faire un tour de table pour savoir les sentiments et ressentis de chacun, voir s’il y a lieu d’améliorer certaines choses et si c’est possible d’aller jusqu’au bout ou s’il vaut mieux, on ne sait jamais, s’arrêter là, déjà contents d’avoir fait plus de mille milles nautiques ensemble sans se bouffer le nez.

Jean, quelles sont tes impressions après l’expérience de cette nuit agitée après laquelle nous avons foncé vers Ténérife ? Tu étais vraiment épuisé hier soir ! Tu nous as presque fait peur ! Il a fallu te coucher tôt et te laisser tranquille.

Jean – Ce n’est pas tant les conditions de navigation bien qu’elles jouent un rôle. C’est surtout ce vacarme avec cette alarme VHF qui retentissait tous les ¼ d’heure et hachait mon sommeil de façon plus que désagréable. Je me suis mis d’abord en « mode survie » adaptée au gros temps et ensuite il y a eu un certain contrecoup, un « coup de mou » si vous voulez,  avec un corps qui se démobilise et qui m’incite à rentrer dans ma grotte, dans ma coquille où je préfère m’isoler pour me ressourcer. D’ailleurs, à propos d’isolement j’ai ressenti dès le départ que ma dépendance envers les autres était beaucoup plus importante, même à terre en escale car dans mon fauteuil électrique je pouvais moi-même aller et venir, changer d’orientation dans l’espace, l’assise etc. alors que là dans ce fauteuil, je suis obligé de vous solliciter dès qu’un début d’inconfort apparaît, ce qui est assez pénible même si je m’y suis habitué.

Jacques – As-tu été surpris par les conditions de navigation ; est-ce que tu t’attendais à ça ?

Jean – D’abord , ce qui est génial c’est que tout fonctionne comme prévu en terme de dispositif malgré les grosses différences par rapport à mes conditions de vie à terre : fauteuil, palan, couchette, vie à bord. Le comportement du bateau m’a surpris, cette violence, ces chocs sous la coque, ses bruits divers m’ont mis au parfum sur « le confort » de ces gros catamarans que je ne connaissais pas. On m’avait pourtant prévenu ! Quand on peut me mettre sur le pont arrière profiter du spectacle de la mer et de la marche du bateau comme tout l’après-midi avant cette nuit difficile, le plaisir est au rendez-vous, c’est le pied. En revanche, si je suis forcé de rester allongé, le plaisir disparaît, je subis plus que je ne profite. La vie en mer exige de moi plus de volonté et de nerf qu’à terre, c’est un changement total d’environnement. Les mouvements du bateau, soumis aux caprices de la mer et des vents auxquels je finis tout de même par m’habituer me posent un problème, étant moi-même un poids inerte. Je suis balloté totalement passivement et cette hyperstimulation permanente, c’est pour moi une situation inédite depuis plusieurs années. C’est un renouveau dans mes ressentis, je crois que ça me fait du bien mais on verra en fin de course si c’est vraiment bénéfique sur mon état global.

Philippe – Mais tu sais, Jean on a fait une large prédominance de moteur depuis le départ et le moteur sur un bateau comme ça, c’est plus pénard que la voile à part les bruits du moteur qui sont en fait assez discrets. Dans les alizés qui peuvent souffler à 25-30 Nds plusieurs jours de suite ça risque sous voile d’être plus inconfortable et on n’aura pas d’étape pour se reposer.

Jean – Je vivrai ça de manière à passer le cap, il faudra que je courbe l’échine même si ce n’est pas dans le plaisir. Je sais que nous avons mangé notre pain blanc.

Rémy – Moi je n’ai pas eu trop de surprise. Je suis content que Jean n’ait eu jusqu’à présent ni problème respiratoire ni fausse route, les problèmes digestifs apparus au dixième jour ayant été suffisamment difficiles à gérer pour Jean et pour nous. Nous avons sûrement une marge de progression dans les soins et au cas où on me ferait certains reproches, je vous préviens tout de suite que je ferai le tri entre les bons et les mauvais reproches !

Loïg – L’ambiance à bord est bonne, on se complète autour de Jean. Les quarts me conviennent, l’ambiance, tout va bien pour moi. Même si on mange un peu trop ! Il faut sûrement faire un check de ce qui nous reste au niveau médical comme ça a été fait pour le bateau pour ne pas être en panne de produits essentiels pour les soins de Jean. Je ne sais pas vraiment, Jean, si le rythme des soins de toilette et de nursing te conviennent.

Jean – Actuellement tout est à peu près bien calé. La petite crise qui s’est produit vers le 8ème jour a eu au moins pour effet de permettre cette prise de conscience. Elle a permit d’être maintenant au bon niveau, même si la bonne volonté de chacun n’a jamais fait défaut.

Jacques – A mon sens, ce n’est pas une prise de conscience, c’est surtout un apprentissage qui commence à rendre ses fruits car il ne faut pas oublier que l’expérience de la plupart ici dans ce genre de soins est nulle et un apprentissage parfait au bout de 8 jours est impossible. C’est l’expérience qui fait qu’on acquiert des reflexes, non une prise de conscience.

François – Dans l’ensemble tout va bien. Même si c’est un peu en désordre au niveau par exemple de la table à carte, il ne faut pas oublier que c’est aussi le lieu de vie de Jean et donc que le bateau n’est pas vraiment adapté à une telle situation. Mais on peut encore faire mieux par exemple de ne pas laisser traîner ses affaires perso ou des restes de petit déj quand ce n’est plus l’heure. Non, tout va bien, vraiment. Et la bouffe alors ? vous êtes satisfaits ?

Tous – Non, on n’est pas contents ! On est comblés, cher cuistot ! Mais il nous faudrait tout de même un peu plus de poisson frais !

Jacques – A moi de vous dire mon sentiment personnel. D’abord je suis arrivé sur ce bateau avec une réputation toute faite venant de quelqu’une qui en entendra parler mais grâce à une abnégation sans pareil j’ai pu renverser totalement la vapeur et je suis sûr que vous serez tous d’accord pour dire qu’aujourd’hui c’est moi le plus ordonné, le plus adroit, le plus au fait des problèmes qui peuvent se poser sur ce bateau !

Silence général…

Jacques – Ben quoi ? C’est pas vrai ? En tout cas la morale de cette histoire c’est qu’il faut se méfier des femmes ! A part ça tout va bien, question ambiance et vie à bord. J’adhère totalement sur le check du matos médical car on a armé le bateau dans l’urgence et il faut se ré assurer que tout est à sa place, que rien ne manque. Je crois aussi que ce qu’on a appelé les « quarts-santé » bien définis sur le papier en amont de la transat par Rémy n’ont jamais été à l’ordre du jour. Je crois que c’est dommage et qu’il est temps de les instaurer. On ne sait pas toujours qui est « on duty » auprès de Jean et ça devrait donc être mieux précisé.

Philippe – Hé bien, le  grand manitou de « santé et bien-être à bord », c’est à toi de prendre ça en main ! Parle-en clairement à tes collègues !

Jacques – Oui, c’est ce que je tente de faire mais tu as pu constater que je manque totalement d’autorité ! et qu’on a pas affaire à des gamins ! Mais ne t’inquiète pas, je vais serrer la vis !

Discussion générale sur la gestion des soins de Jean.

Il en ressort qu’on s’organisera désormais, surtout, paradoxalement dans les moments de calme pour qu’il y ait quelqu’un qui soit clairement de veille auprès de Jean pour l’assister dans les petits besoins : faire boire, changer l’assise, petits étirements, chasse-mouche autour de lui, etc…

Quand je pense qu’avant la croisière j’étais le genre à ne pas faire de mal à une mouche, je suis devenu en l’espace de quelques jours, grâce à une tapette extrêmement efficace, un des plus grands prédateurs de ses petites bêtes. Mais je me déculpabilise car je suis en service commandé : c’est pour que Jean retrouve sa sérénité !

Jacques Lacronique

journal de bord 20 octobre (jour 13)

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Bonjour à tous ! Voici des nouvelles alors que nous sommes à 180 miles des côtes Marocaines, en route pour l’île de Lanzarotte (Canaries) que nous devrions atteindre samedi fin de journée au plus tard. Même si loin de toute terre, de petits oiseaux, souvent épuisés, viennent se poser sur le pont et les filières.

La navigation se fait sur une mer d’huile scintillante. La chaleur se fait sentir nettement depuis deux jours, même si elle reste tempérée : nous sommes tous en tee-shirt !

La vie à bord est maintenant bien rodée, même si la recherche de certains produits embarqués peut prendre du temps : le bateau est grand et les rangements nombreux !

Malheureusement, le vent est trop faible (9/10 noeuds) et notre cap trop vent arrière pour faire avancer notre mastodonte de 30 tonnes avec les voiles seules. Nous sommes obligés de faire route au moteur depuis notre départ du Portugal mardi après-midi, les voiles étant néanmoins déployées. Mais à 16h, ce jour, nous avons changé de cap, et, avec le même vent, nous pouvons enfin nous passer du moteur.

Hier, grande discussion au sein de l’équipage : certains ont cru apercevoir un requin, quand d’autres voyaient un poisson-lune !

Mauvaise nouvelle : nos cubis de vins sont presque vides ! Une cure de journées sans alcool est en place jusqu’à Lanzarote.

Arrecife, île de Lanzarote

Jean vient d’étrenner le cadeau fait par l’équipage et ses proches pour son anniversaire, une application pour suivre et anticiper la route du bateau ! Il est ravi ! Il souhaite à sa fille Ines un beau voyage en Espagne demain ! Samedi, ils seront ainsi tous les deux en terres espagnoles !

Jacques est soulagé de naviguer sur un lac mais malheureux d’entendre le moteur : nous nous chargeons de lui remonter le moral !

Loïg fait des photos, des photos, des photos… Sur l’eau, dans le ciel, partout. C’est simple, on lui confisque son appareil lors des repas !

François, malgré trois lignes de traîne avec trois leurres différents, n’a toujours rien pêché ! Amis poissons, faites un effort !

Rémy est plongé dans l’utilisation des outils de navigation électroniques car ils ne disent pas tous la même chose !

Philippe

Nous sommes tous satisfaits d’avoir à priori évité la grosse dépression au niveau de Madère (cette vilaine dépression nous a privés d’une belle escale ! Mais nous avons tous hâte de toucher des vents plus favorables !

Nous patientons avec les bons repas, réalisés en particulier par François et Philippe.

On vous embrasse tous !

Jean

TD1F TV – 2e jour

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Jean au réveil dans le golfe de Gascogne, et toujours la banane 🙂

Bonheur et soucis quotidiens des handicapés

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Même si nous pensons bien faire, nous avons devant nous une grande marge d’amélioration dans notre prise en compte et écoute des besoins d’accessibilité de nos amis handicapés. Fidèle à mon rôle de vigie dans le projet – sur un bateau, la vigie est un membre de l’équipage hissé en haut du mat, qui veille, en particulier sur l’horizon, afin d’alerter des dangers en vue – j’ai profité de l’occasion d’une difficulté rencontrée lors de la fête du départ pour en faire un billet pédagogique.

Joie ce matin du samedi 8 octobre 2016. La Trinité sur mer fête le départ de la Transat dans un fauteuil de mon ami Jean d’Artigues avec son équipage de choc ! Mes amis Patrick et Barbara viennent m’y retrouver car ils suivent et soutiennent le projet depuis ses débuts.

Barbara, victime d’un AVC, il y a 8 ans, est en fauteuil roulant. Durant la fête et la cérémonie du départ, elle est attentive, heureuse et vibre aux propos de Jean. « Il est fantastique ton ami, me dit-elle avec son accent américain,… c’est quelqu’un … ça fait du bien de rencontrer quelqu’un comme ça… Super ! Quelle belle fête, quel beau projet ! Il a raison. »

Vient le moment de monter sur des vedettes d’accompagnement pour saluer l’équipage de ces 6 hommes généreux qui partent traverser l’Atlantique. J’avais réservé nos places, prévenu de la situation particulière de Barbara et vérifié si elle pouvait monter à bord étant en fauteuil roulant. Après deux mails de confirmation, m’assurant qu’il n’y avait pas de problème, c’est confiants que nous partons en direction des vedettes, un peu avant le reste de la foule comme précisé lors de la remise des bracelets.

Dès le premier coup d’œil sur le bateau à quai, Patrick me dit : « C’est impossible. Le fauteuil ne passera pas. ». Pour l’avoir expérimenté nombre de fois, il sait du premier coup d’œil repérer si ça le fait ou pas. J’ai déjà vu Jean avoir le même type de réaction rapide et affutée pour ses déplacements : ça passe ou pas. Je mets quelques instants à comprendre car prise par mon envie de leur permettre de monter à bord, je suis persuadée qu’il y a une autre vedette.

Patrick interroge les responsables de chacune des vedettes, la présence de personnes handicapées n’est pas prévue. Deux personnes en fauteuil ont pu monter à bord de la petite navette, en marchant. Le handicap de Barbara est différent, elle ne peut pas marcher dans ces conditions, la vedette n’offrant pas la sécurité nécessaire. Les uns et les autres pensent que c’est possible et insistent. Le ton monte, difficile de faire comprendre que ce n’est pas possible. Les bénévoles veulent que la fête soit réussie jusqu’au bout, ils se sont donné tellement de mal pour cela et avaient vérifié ce point. Le chef de bord n’a pas eu les consignes, ou bien le bon type de vedette n’a pas été réservé pour des questions de prix peut-être.

Ce qui nous amène à cet échange savoureux « si elle peut marcher il n’y a aucun problème ». Patrick répond non et se tournant vers moi : « On est à la Trinité, pas à Lourdes ! ». « Alors c’est vous qui choisissez de ne pas monter à bord. » C’est cette phrase qui a m’a fait le plus mal. Barbara et Patrick devenaient accusés alors qu’ils avaient simplement dit que ce n’était pas possible. Les uns et les autres insistaient pour proposer des solutions incompatibles avec son handicap.

Pour Barbara : « Ce n’est pas grave. La matinée et la cérémonie du départ étaient si réussies que j’ai déjà beaucoup de bonheur dans le cœur. Je vis ces problèmes tous les jours, c’est mon quotidien. Je garde la joie de ce que j’ai vécu aujourd’hui grâce à Jean. ». La France est très en retard sur la prise en compte des personnes handicapées. A Londres ou aux Etats-Unis, c’est différent. Patrick et Barbara m’expliquent qu’ils sont obligés de demander des photos aux hôtels qui disent pouvoir les accueillir, vu le nombre de déconvenues qui les mettent dans des situations impossibles.

Tout cela me rappelle les échanges avec Jean et Laurence lors de leur voyage à Paris en juin dernier au sujet de l’hôtel et des taxis qui viennent sans rampe pour faire monter le fauteuil alors qu’ils sont prévenus. Pour aller réaliser l’interview sur France Info, Jean a du voyager dans un taxi, jambes coincées et tête penchée touchant le plafond, j’étais présente. Il me disait : « C’est habituel. ». Pourtant le taxi avait été prévenu, Jean connaissant parfaitement leur mode opératoire et ses besoins en espace.

Je me souviens des irritations de Jean et de son instance lors de la préparation du voyage de retour de Martinique, prévu en décembre prochain. « Ce n’est pas parce qu’on vous dit qu’il y aura du personnel spécialisé qu’il faut le croire. Il faut vérifier le nombre de personnes mis à disposition pour monter à bord de l’avion, sinon ce ne sera pas possible ! »

Je n’ai pas vu le bateau de Transat dans un fauteuil quitter ses amarres, ni pu approcher en mer de Jean et l’équipage pour un dernier au revoir. Mais il me semble que j’ai été plus proche de Jean en restant à terre avec mes amis car je touchais du doigt son quotidien et celui de tous les handicapés pour lesquels il se bat. La différence a toujours des difficultés à être prise en compte car elle dérange.

Le travail de l’équipe des bénévoles pour l’organisation de la fête a été exceptionnel, là n’est pas la question, ils méritent un immense MERCI. N’oublions pas qu’il nous reste à TOUS du chemin à faire pour comprendre les difficultés quotidiennes d’accessibilité auxquelles se heurtent les handicapés. « Rendre l’impossible possible ! » nous dit Jean, oui absolument mais en écoutant et respectant nos amis handicapés pour pouvoir construire les solutions avec eux.

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Jean le jour du départ – via France3

France3 Bretagne

Tétraplégique, Jean d’Artigues s’élance dans une transat à la voile depuis La Trinité-sur-Mer

L’homme a 52 ans. Atteint de la maladie de Charcot, il sait que son espérance de vie diminue. Il a récolté des fonds pour traverser l’Atlantique à la voile, et faire parler de sa maladie avec ce projet, « une transat dans un fauteuil ».

Vidéo-reportage avec les 3 membres médicaux de l’équipage de cette Transat solidaire : Jacques (médecin), Rémy (kiné) et Loïg (infirmier).


la traverse de l’Atlantique de Jean d’Artigues

Jour « J », Heure « H » : le Grand Départ du départ en grand

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Merci à Yann de Lemon prod et son confrère-complice Nautimages pour cette superbe vidéo du départ de la Transat dans un fauteuil de notre ami Jean d’Artigues

Pour ce départ en grand, Jean et l’équipage étaient accompagnés par 2 bateaux mythiques : Pen Duick III  et Pen Duick VI

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A quelques heures du départ

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La première fois que j’ai rencontré Jean, il me dit qu’un de ses livres de chevet est le Magellan de Stefan Sweig. Lisons-le, ce beau livre de chevet : “Soumise à un rythme aussi vertigineux, la face du monde se transforme et se précise d’année en année, de mois en mois. Cartographes et cosmographes travaillent sans répit dans les ateliers d’Augsbourg sans pouvoir suffire aux commandes. Jamais la géographie, la cosmographie n’ont connu, jamais elles ne connaîtront plus un progrès aussi accéléré, aussi enivrant, aussi triomphal que pendant cette période de cinquante années au cours de laquelle ont été déterminées la forme et la configuration définitives de la terre.”

Le Magellan de Stefan Sweig

La mise à la cape

A certains moments, Jean n’aura d’autre choix que de se mettre à la cape comme disent les marins, quand toute l’attention devra être portée sur le bateau. C’est qu’un bateau, c’est un peu comme une personne qui demande beaucoup d’attention. Rappelons-nous la Marie-Thérèse de Bernard Moitessier. “Je sais, déclarait Jean un jour de février, mon humanité séparée, je ne dis pas que ce sera une expérience équilibrée, mais je sais qu’il y a des choses que je serai seul à assumer, je dois contribuer à ce que les choses se passent bien”.

Avoir la forme

La forme, c’est une gestion au jour le jour. Il faut trouver tous les moments agréables, et même créer des moments agréables et être le moins possible dans les contraintes. Il faut picorer ces moments agréables. Stéphane Lévin, a lancé une expédition vers le Pôle Nord pour étudier le corps humain. Jean, tu dois tenir le journal de ton corps, pour paraphraser Journal d’un corps de Daniel Pennac.

Le délire jubilatoire

Rappelons-nous, en avril, Jean sortait dans son fauteuil sur une rampe de skate-board et,  amusé, lançait “Il faut mettre en place des blagues comme ça. J’emmène les autres dans un délire, c’est jubilatoire. Je crée des instants jubilatoires. Il faut que je me crée mes délires comme je crée ce qui va me faire délirer. Je suis un auto-producteur de délires. Il faut en avoir sous le coude”. Nous vous souhaitons d’en vivre, Messieurs !

Je suis un dopant pour les autres

Interviewant Jean les beaux jours venus, je notais ceci : “Je voudrais être un dopant pour les gens qui sont dans la même situation que moi et les gens qui les entourent. Avoir soi l’étincelle est très important pour les autres. Quand on est dans une situation difficile de maladie, on doit continuer à sortir de soi. Dès lors que je suis acteur, on me considère comme responsable. Et être acteur passe par se mettre en situation d’apesanteur. A ne pas s’occuper de ses bobos, à se mettre en apesanteur par rapport à eux, on apaise les ressentis difficiles. Au lieu de souffrir, moralement et physiquement, on pense à autre chose et on sort de soi-même.” Alors, bon vent ! Et laisse-toi porter par la mer qui te prend, “c’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme.”

Entretien avec Jacques, médecin membre de l’équipage

Jacques Lacronique

L’expédition Transat dans un fauteuil, c’est quoi pour toi ?

C’est un défi personnel. Médecin encore « jeune retraité », j’ai bien l’intention de vivre une retraite intelligente en profitant de la vie tout en rendant service quand l’occasion se présente ! Et là c’est une formidable occasion qui s’est présentée à moi, je l’ai saisie sans hésiter. Je n’ai pas du tout l’impression de sacrifier quoi que ce soit, bien au contraire. Le défi, c’est de profiter d’une si belle occasion de me donner un peu aux autres sans compter tout en prenant un vrai plaisir. J’ai à coeur de rester libre, libre de réaliser mes rêves, de me créer des espaces de liberté tout en préservant le tonus familial. A côté de ma vie habituelle, normale, au sein de ma famille, la transat dans un fauteuil, c’est pour moi, comme pour Jean, la réalisation d’un rêve de gosse et l’occasion de me créer un espace de liberté.

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Jeune médecin à la retraite, comment cette expédition questionne-t’elle ton métier ?

Ma spécialité, c’est la pneumologie, les maladies respiratoires. Accompagner Jean me demande forcément de mieux connaître sa maladie. Je me suis donc perfectionné sur la SLA, la maladie de Charcot et j’ai réappris à faire certains gestes en centre spécialisé, des gestes médicaux liés aux complications de la maladie comme par exemple faire une trachéotomie ou d’autres gestes techniques que j’espère ne pas avoir besoin de faire. Mais qu’il faut savoir faire à 3000 miles nautiques de toutes côtes civilisées.  En même temps, j’ai dû apprendre et me préparer à participer au même titre que les autres marins-soignants aux tâches quotidiennes de nursing et soins infirmiers et ça aussi c’est très intéressant pour moi.

Quelles sont les spécificités anticipées en matière de soins liées au fait d’être en mer sur un catamaran ?

Certains échappent au mal de mer, Jean dit y avoir toujours échappé. Il n’empêche, le problème du mal de mer, ce sont les vomissements qu’il faut d’abord essayer de prévenir mais c’est loin d’être facile et qu’il faut tâcher de gérer quand ils surviennent chez un patient comme Jean, tétraplégique. Par ailleurs, avec l’équipement du bord, notamment la couchette spécialement installée dans le carré avec un matelas à air, on tâchera d’éviter les complications comme par exemple les escarres. Le matériel nécessaire pour passer du fauteuil à la couchette n’est pas encore définitivement arrêté. Il est évidemment exclu de devoir porter Jean. On fera un essai avec Jean et les navigateurs dès l’arrivée à la Trinité pour savoir si on peut, comme à terre, utiliser un lève-personne où s’il faut absolument, faute de place, créer un système de palan sur un rail fixé au plafond. Il est possible d’ailleurs qu’on adopte les deux systèmes pour se prémunir de la panne du lève-personne. Il faut aussi anticiper les effets de l’humidité, du froid au départ près des côtes européennes puis de la chaleur, à mesure que nous voguerons vers les tropiques. Gérer la fatigue, le sommeil différent, l’alimentation adaptée avec le risque possible de fausses routes et la contention nécessaire liée au mouvements continuels du bateau. Du côté de l’assistance à la toux et de la ventilation nocturne, nous partons avec les mêmes équipements qu’à terre. Les spécificités, en somme, se situent plus du côté de l’ingéniosité des gestes pour parer aux conséquences des mouvements permanents et des conditions environnementales particulières que de l’équipement strictement médical. Finalement, l’essentiel est d’essayer d’assurer à Jean une sécurité optimale. Les postes les plus stratégiques sont doublés car nous avons une obligation de moyens.

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Quelles seront les relations avec l’équipe médicale à terre ?

Il y a eu des bilans de santé réalisés par ses soignants habituels et son centre SLA de St Brieuc avec lequel nous avons des relations étroites qui révèlent que l’état de santé de Jean est relativement stable sur les derniers mois et qui nous confortent dans l’idée que cette entreprise, bien qu’osée, est raisonnable. Nous avons pris des avis aussi auprès des spécialistes de la Pitié-Salpétrière à Paris et auprès de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches grâce à Loïg qui travaille là-bas. En cas d’alerte en mer, le recours au centre de consultation maritime de Toulouse qui est au courant de notre entreprise est toujours possible. Nous serons proches des côtes pendant les trois premières semaines ce qui nous permettra de bien jauger les possibilités de nous lancer dans la traversée Est-Ouest où, c’est vrai, nous serons plus livrés à nous-mêmes.

Quels effets bénéfiques pour la santé attendre de la transat ?

Ce ne sera pas comme une cure dont on pourrait attendre un renversement de situation de l’état de santé. Après un “amarinage » qui peut être un peu délicat, l’effet sur la santé de Jean sera, je l’espère, un bien-être quotidien. L’ambiance conviviale et amicale que nous cultiverons y contribuera pleinement. Ce qu’on espère apprendre et démontrer est que, soumis à un tel régime, un patient tétraplégique comme Jean peut, s’il le souhaite et s’il en prend les moyens, traverser l’Atlantique “comme dans un fauteuil”.

Comment est le bateau ?

Le bateau est stable et confortable, un vrai palace flottant. Chacun aura son espace privé. Mais l’espace central et collectif sera aussi celui de Jean qu’il faudra tâcher de préserver !

Et l’équipage ?

Je sais maintenant que « la mayonnaise » a pris car les mois de préparation intense nous ont forcés à nous rencontrer à de nombreuses reprises et à échanger plusieurs fois par semaine sinon quotidiennement depuis plusieurs semaines. J’ai parlé de liberté, il y a un autre mot tout aussi important qui est le plaisir. Cela va être une aventure humaine extraordinaire que de se côtoyer dans cet espace tout de même réduit, entre garçons d’âges différents, venant d’horizons différents mais réunis dans le même but. Ce sera, c’est déjà, une aventure dont nous nous souviendrons tout le reste de notre vie. Mais je tiens à parler d’équipage au sens large. Il faut inclure dans l’équipage à part entière tous ceux qui, à terre, avant le départ nous ont guidés, conseillés, épaulés avec une énergie sans faille d’autant plus méritante que eux ne seront pas à bord physiquement. Mais ils le seront avec nous tous les jours en pensée !

Découvrez le bateau avec moi

LAGOON 52 - Transat dans un fauteuil

Le bateau de la Transat est un catamaran LAGOON 52, croisière luxueux et prêté gracieusement par DREAM YACHT CHARTER

Il se caractérise par des qualités d’élégance, de confort, de sécurité, de facilité d’utilisation et bien sûr… de performances sous voiles.

Quelques caractéristiques pour les fans de voile et de chiffres

  • longueur 15,84 mètres
  • largeur 8,74 mètres
  • tirant d’eau 1,55 m
  • tirant d’air 28 mètres
  • déplacement lège 26 tonnes
  • surface de voile au près 156 m²
  • grand-voile lattée 97 m²
  • génois sur enrouleur 70 m²
  • 2 moteurs de 57 cv
  • 6 cabines, chacune avec leur salle de bain et WC

Les aménagements

Ce bateau est spacieux mais compte tenu de tout l’attirail me concernant la place est comptée. Il a fallu l’aménagé spécialement pour l’adapter aux contraintes de ma « mobilité ». En fait le Carré sera mon espace de vie où l’équipage a déjà fixé un rail au plafond pour faciliter le « transbordement » de mon lit à mon fauteuil et réciproquement. Nous avons du enlever la table et les repas se prendront à l’extérieur. Le poste de pilotage est sur le pont supérieur.

Pour apprécier pleinement ses qualités, regardez la vidéo à la fin de cet article.

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Zéro sans solution… il n’y a que Jean pour oser le faire

Zéro sans solution - RCF

Jean a fait cette émission parce qu’il a été marqué en ses vertes années, quand il rendait visite à sa grand-mère, par l’émission intimiste Radioscopie de Jacques Chancel, dont le générique musical est gravé dans nos mémoires.

A une nuance prêt, Jean veut que cette émission soit un moment de partage de l’impossible… qu’il connait si bien. Alors, il a créé « Zéro sans solution » une émission consacrée à l’exploration des ressorts de ceux qui osent. Car, autour de nous, il existe des personnes qui ne se résignent jamais, quels que soient leur sexe, leur âge, leur métier, leur milieu, leur formation, leur situation sociale, leur santé.‎ Ce sont des « résistants » au pessimisme, à la fatalité, au malheur, au vide, à la passivité.

Au plaisir de partager avec vous cette première série de Zéro sans solution, par notre ami Jean d’Artigues, journaliste au long cours. Et je vous invite à vous abonner au podacst éponyme.

Leur devise « Zéro sans solution ».
Mais comment font-ils ?

Un engagement au service d’un pari demeurant encore une exception : créer des emplois en les partageant !

Franck Delalande

vendredi 2 septembre 2016

Franck Delalande est engagé depuis 20 ans en tant que directeur général de l’association Venetis, créée par un groupement d’employeurs pour développer l’emploi en Bretagne Sud.

S’il vous plaît, ne m’enlevez pas mon handicap ! Je suis trop heureux avec !Gilles Le Druillennec

vendredi 17 juin 2016

Handicapé avec plus d’un tour dans son sac, Gilles Le Druillennec est surtout un enthousiaste de la vie !

Stéphane Levin l’explorateur-citoyen hors limites et hors normesStéphane Levin

mercredi 15 juin 2016

Depuis tout petit, Stéphane Lévin est habitué aux horizons lointains.

Quand on veut, on peux ? Pas sûr ! L’important, c’est de ne pas perdre espoir !

Capucine Trochet

jeudi 12 mai 2016

Capucine Trochet est navigatrice, aventurière, voire les deux à la fois, depuis l’âge de 15 ans.

J’ai osé braver la routine !

Jean Possémé

jeudi 12 mai 2016

Durant plus de 60 ans, Jean Possémé s’est mis, avec sa famille, au service des plus souffrants et des pauvretés de notre temps….

Pour vivre ma vie avec la mer, j’ai dû tout donner et ne rien lâcher ! 

‎Nicolas Le Corre

jeudi 12 mai 2016

Nicolas Le Corre, Malouin de naissance, a, malgré un exil de 50 ans loin des côtes bretonnes, toujours réussi à faire de la mer sa compagne des bons et des mauvais jours.

Qu’est-ce que je ferais si je n’avais pas peur ? Marie Eloi

samedi 30 avril 2016

‎Fondatrice de l’école Montessori de Larmor-Baden (56) il y a 5 ans et du mouvement Femmes de Bretagne (3500 membres en 18 mois d’existence), Marie Eloy se l’est posée très tôt et très souvent.

Les enfants de détenus ont besoin de créer un lien avec leur parent incarcéré ! Pour eux, je n’ai jamais baissé les bras !

Marie-France Blanco, samedi 23 avril 2016

‎Vous étiez-vous déjà posé la question de savoir ce que devenaient les enfant dont l’un des parents est incarcéré ?

Maintenir le lien affectif entre enfants et parents en prison : c’est la mission de l’association créée il y a 30 ans par Marie-France Blanco, les Relais Enfants-Parents. Retour sur un parcours du combattant pour vaincre les préjugés.

Un brin de folie, qu’est-ce que ça fait du bien !

samedi 16 avril 2016zero-sans-solution-rcf-jean-francois-bitaine

Jean-François Bitaine est un créateur en série d’aventures caritatives. Toute sa vie, il a inventé des projets solidaires. Pensant d’abord aux autres même quand il a traversé des épreuves personnelles lourdes. Et réalisant ce faisant d’authentiques exploits un peu fous qu’il nous raconte ici !

 

Ne renoncer à rien, ne jamais abandonner et toujours espérer !

samedi 9 avril 2016

Marc Guillemot

Marc Guillemot est un navigateur pour qui rien n’a jamais été facile. Au-delà de victoires et de records sur les mers, sa vie de marin a été jalonnée de drames, d’accidents, de coups du sort… Et pourtant, sa passion pour la mer est intacte. Il nous explique ici ce qui le fait toujours repartir vers le grand large !